Il s’en est fallu de peu pour que je passe à côté de ce livre, mais Croire aux fauves de Nastassja Martin m’a poursuivi jusqu’à ce que je le lise. À sa parution, des collègues me l’ont vivement conseillé. Mais le temps passe, les livres défilent et il y a des occasions qui se perdent en route. Plus tard, une amie m’encourage à le lire également. Sans doute, cela faisait trop d’encouragements pour mon esprit mutin, car il a fallu que ce récit m’attende bien sagement sur l’étagère de la bibliothèque d’un ami pour que je m’y intéresse vraiment. J’y ai gagné quelques cernes et le plaisir d’une lecture éclair sous les toits de Paris. Je pressens désormais qu’il n’a pas fini de me poursuivre…

Couverture du livre Croire aux fauves de Nastassja Martin.
Croire aux fauves de Nastassja Martin, éditions Verticales, 2019.

Un voyage en dehors et au-dedans

Je n’ai pris aucune note pendant ma lecture. D’abord, j’étais en vacances. Et puis, ça ne m’est même pas venu à l’idée tellement je me suis laissé emporter par ce récit. Une excursion rapide, mais intense.

Dès les premières lignes, on décampe :

« L’ours est parti depuis plusieurs heures maintenant et moi j’attends, j’attends que la brume se dissipe. La steppe est rouge, les mains sont rouges, le visage tuméfié et déchiré ne se ressemble plus. Comme au temps du mythe, c’est l’indistinction qui règne, je suis cette forme incertaine aux traits disparus sous les brèches ouvertes du visage, recouverte d’humeurs et de sang : c’est une naissance, puisque ce n’est manifestement pas une mort. »

Le 25 août 2015, un ours et une femme se sont retrouvés face à face dans les montagnes du Kamtchatka (à l’est de la Russie). Il attaque. Elle riposte. Il s’enfuit. Elle reste. Une « rencontre » a lieu. Chacun emportera quelques fragments de l’autre.

Il y aura désormais un avant, un après et une femme morcelée en quête d’identité.

C’est vrai, c’est irréel, c’est percutant, c’est quasi mystique parfois. Croire aux fauves, c’est l’histoire d’une renaissance, le récit d’une guerrière et de sa forte capacité à la résilience.

Deux mondes étrangers

Nastassja Martin est anthropologue. En 2015, elle s’est rendue dans l’Extrême-Orient russe pour réaliser une étude sur les Évènes. Ce peuple animiste éleveurs de rennes qui a décidé de retourner vivre dans la forêt au moment où l’URSS s’effondrait.

Partie à la découverte d’un peuple lointain, c’est elle que cette anthropologue va finir par questionner, sonder.

Après ce drame, Nastassja Martin subira de longues réparations de son corps en Russie, puis en France.

« Ma mâchoire est devenue le théâtre d’une guerre froide hospitalière franco-russe. »

Ce récit est intime et à la fois, il nous ouvre à l’abîme qui sépare l’Est animiste et l’Ouest rationnel (« humain, trop humain », comme disait l’autre…). Une réflexion sur notre société et notre non-relation au sauvage s’ouvre alors.

Deux visions du monde vont se confronter autour d’elle, mais aussi en elle. L’altérité est partout et les frontières entre animal et être humain deviennent poreuses.

☞ Si la vie sauvage est un sujet qui vous intéresse, je vous invite à lire cet article sur Henry David Thoreau.

Croire aux fauves et accueillir l’altérité

Impossible d’en dire trop tellement cela gâcherait l’expérience de lecture.

En plus de savoir tenir le lecteur en haleine, Nastassja Martin nous fait part de réflexions passionnantes à hauteur de l’anthropologue qu’elle est, et cela, dans une langue très accessible. Son écriture est belle et intense, sensorielle parfois. Elle écrit avec beaucoup d’intelligence.

Une force vitale puissante émane de ce livre magnétique.

Lien vers la présentation de Croire aux fauves sur le site des éditions Verticales.

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