Brèves de métro et de TER glanées lors de mes trajets pendulaires Ariège-Toulouse. Retrouvez la première partie ici : Les autres.

Montagnes et cairn

Métro du soir Mirail Université — Matabiau

En entrant dans le métro ce soir, j’ai vu un sac sur lequel était écrit « J’adore mon sac ». C’est la première fois que je rencontre un sac schizophrène et égocentrique. D’ailleurs, je ne pensais pas que l’on pouvait être à la fois égocentrique et schizophrène. Ça me laisse rêveuse.

Un homme dans la rame de métro veut allumer un joint roulé dans le journal Métro. Une femme philanthrope l’en empêche : Non, monsieur, faites pas ça, c’est dangereux pour vous. Et un peu plus tard, elle lui dira : Ne fumez pas ça monsieur, vous savez, l’écriture, c’est dangereux.

Deux femmes accrochées à la même barre discutent : Il était alcoolique, du coup, il a arrêté de bosser. Après, il est devenu VRP, alors il a arrêté de picoler et il a gagné plein de thunes, du coup, il s’est mis à se droguer. Depuis, il a des jumeaux, il fait dix ans de plus et il a sa boîte à lui.
— Belle réussite !
dit l’autre avec aplomb en agrippant la barre pour ne pas chavirer.

J’travaille pour Mitterrand. On va s’aimeeeeeeeer ! OooOooh ! tout le monde fait la GUEULE ! Qu’est-ce que vous avez ? Jacques Chirac et Mitterrand, c’était mon frère !

Un donneur de spectacle pratiquant l’art de la voltige par ricochet.

Dans le métro, il y a celui qui tente de lire ce que fait semblant de lire un autre. Il y a celui qui fait le spectacle et celui qui fait semblant de ne pas regarder le spectacle.

J’aime écouter les gens. Je n’aime pas qu’ils me parlent. J’aime les observer quand ils parlent et quand ils ne parlent pas. Je n’aime pas être vue quand j’observe lesgens. J’aime écrire ce que j’ai cru comprendre de cela.

Il est parfois des visages qui nous retiennent. Arrimée à quelques traits impénétrables, je ne décroche mon regard qu’après un insistant malaise qui me fixe, dubitatif. Je me glisse alors dans un confortable pli du temps qui vous fait les yeux en suspens. Et puisque je ne regarde plus l’objet du délit, je peux bien me dire qu’il ne me voit pas non plus. C’est agréable de converser ainsi, entre Bagatelle et Esquirol, dans un charmant déni de faciès.

TER du soir Toulouse Matabiau — Foix

Moi, les bébés, les animaux, j’aime bien, faut que je les caresse.
Une vieille dame innocente.

Un homme de Compiègne qui ressemble à François Damiens discute retard de train avec une femme : Ça fait un an que je suis ici et j’en peux plus. Ils sont cool les gens ici. Toujours en retard et ils restent cool.
— Ils sont habitués. Vous êtes venu pour le soleil ?
— Non, non, pour le travail. L’avantage, c’est qu’on a le temps de lire des gros livres. 
Le train ariégeois a souvent des problèmes, mais il a un avantage, il est rempli d’Ariégeois.

La madeleine de Proust, je croyais que c’était une femme, mais en fait, c’est juste une madeleine.
— Tu confonds avec la Madeleine de Brel.
— Ah oui, dans Jeff !
— Bah non, dans Madeleine…

Une toute jeune étudiante en Lettres et son père.

Ma fille, elle est médecin, et bien, elle en voit des choses ! Elle m’a raconté que lors d’une de ses visites à domicile, des gens qui avaient la CMU avaient une Mercedes garée dans leur cour. Vous vous rendez compte un peu ? Les étrangers, ils viennent profiter des droits français.
— On n’est pas racistes, mais quand même.
Une vieille et sa voisine faisant connaissance et se trouvant des affinités sélectives.

Il y a François Damiens derrière moi, mais ce soir, il ne ressemble plus du tout à François Damiens.

Ma voisine de train montre à son voisin les photos de ce qu’elle a mangé à midi. J’imagine la même scène, mais avec des punks qui se montreraient leur vomi.
Les nuits blanches de Tarascon c’est super, à minuit y’a plus d’bières.
Punks à rimes.

La femme en face de moi. Fatiguée. Pas d’en avoir trop fait, pas d’avoir manqué de sommeil. Fatiguée. Sans condition. Tous ses gestes sont lents. Elle mange des boules au fromage tout doucement, puis s’endort le sachet de papier gras du Quick dans la main. Elle ronfle. Elle doit se sentir mieux. Qui sait ?

Ça fait deux fois que le train passe par la même gare, je crois qu’il tourne en rond.

« Échange pendule comtoise contre fusil de chasse. »
Lu dans le journal 09. Certains tuent méchamment le temps…

Qu’est-c’qu’il chantait bien ! C’est dommage qu’il louchait.
Mamie Nostalgie à propos de Joe Dassin (ou Joe Mocassin selon ma fille).

La vieille dame derrière moi s’emballe au téléphone et refait le match de son petit-fils. Et soudain : ouf, Foix !

Je célèbre la clé qui fait cligner les yeux de ma voiture pour que je puisse la retrouver sur le parking de la gare. Si vous connaissiez la grandeur du parking de la gare de Foix (je précise que c’était avant les travaux, pour les fuxéens qui passeraient par là), vous pourriez deviner l’ampleur de ma fatigue.

On dormira quand on sera morts !
En attendant, la vie, la vie partout ! Dans les regards croisés, dans les pieds qui s’impatientent, dans les conversations absurdes, dans le souffle court, dans les courbatures, dans les fautes d’orthograppe, et même dans les trains qui n’arrivent jamais tout à fait à la même heure, la vie.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Brault Paulette

    Cette femme est dangereuse, rien ne lui echappe!!!!

    1. l'accent

      Ah ! ah ! ah ! Paulette, votre acuité n’est pas mal non plus !