Il est une chose difficile à expliquer. Alors que marcher est toujours un plaisir, que le corps et l’esprit se sentent bien, revivifiés, il nous faut à chaque fois vaincre d’abord l’envie de rester chez soi. On sait que l’on se sentira mieux pendant et après, et pourtant, il est compliqué de se décider à sortir.

Marcher sur la montagne des contradictions, , photo de David Barthélémy

Elle est puissante la propension de l’homme à la paresse et au malheur ! Il nous apparaît plus simple de rester en l’état — quitte à ce qu’il se dégrade un peu — plutôt que de préserver l’étincelle. Car le bonheur demande au préalable de faire un effort qui, même minime, semble souvent de trop. L’esprit nous joue un tour qu’il nous faut savoir déjouer. Il nous fatigue par avance,
fomente des discordes en conviant l’esprit de dissuasion,
dégonfle nos ardeurs,

déprime nos exaltations,

désenchante nos ravissements,

brise nos élans,

nous détourne,

nous dissuade,

nous déprime.

L’esprit nous fatigue d’emblée.
C’est pourquoi, il faut nous forger une volonté d’acier pour être toujours à l’affût. La marche est un acte de résistance à la force d’inertie qui nous hante.

Oxygéner ses pensées,
retremper ses illusions dans l’épaisseur du réel,
frapper le sol pour attester de sa présence au monde,
constater que s’il existe un monde qui rend malade
— littéralement et dans tous les sens — il en est un autre qui soigne,
aller voir ailleurs si on y est,
s’écarter de la route pour emprunter les chemins de traverse,
se tenir à l’écart des foules,
déployer le temps sous sa semelle,
habiter pleinement l’instant,
remiser l’urgence quotidienne,
déloger ses idées,
rééquilibrer sa position et apprendre à respirer,
faire entrer de l’air dans ses poumons et savoir l’expulser : quoi de plus vital ?

Marcher, c’est un petit effort qui mène rapidement très loin. Et elle ne s’arrête pas au seuil de la maison, lorsque de retour et repus, nous nous asseyons. Car le voyage résonnera encore longtemps. Et pourtant, il faudra de nouveau vaincre en nous cette montagne de contradictions.

Merci à David Barthélémy pour sa photo. Je vous conseille vivement la visite de son site.

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Cet article a 4 commentaires

  1. Cha

    Texte imprimé et collé sur ma porte d’entrée, pour le ressentir à chaque passage de seuil. Merci ❤️

    1. l'accent

      Oh ! passer d’une fenêtre au seuil d’une maison : quel honneur ! Merci.

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