Qu’il est bon de se replonger de temps en temps dans l’œuvre d’Henri David Thoreau ! C’est un peu pour la pensée ce qu’une séance de sauna peut apporter au corps.

Henry David Thoreau

La nature au cœur de sa pensée

Naturaliste, poète, objecteur de conscience, philosophe, conférencier, arpenteur (stricto sensu), marcheur invétéré, minimaliste avant l’heure, Thoreau a également imaginé les parcs naturels publics dès 1858. Soit 32 ans avant la création du Parc national de Yosemite en Californie et 109 ans avant la création des parcs naturels régionaux en France.

« Chaque village devrait avoir un parc, ou plutôt une forêt primitive, de cinq cents ou mille arpents, où l’on ne devrait jamais couper la moindre branche pour en faire du bois de chauffe, un bien éternellement commun, pour l’instruction et la récréation. Nous connaissons les terrains communaux pour les vaches et les parcelles pour les pasteurs, mais nous avons besoin de communaux pour les hommes et de parcelles laïques, à jamais inaliénables. » 

Et de poursuivre : « C’est dans cette nature sauvage que réside la sauvegarde du monde. »

Henry David Thoreau et Pierre Rabhi : une certaine affinité

Fruits de l’observation de la nature, ses réflexions plaçaient toujours l’être humain au cœur de ses préoccupations et au centre de sa pensée écologique. Henry David Thoreau, c’est un peu l’aïeul radical de Pierre Rabhi puisque, bien avant la « sobriété heureuse » de ce dernier, il prônait la « pauvreté volontaire ». La nature, sous toutes ses formes, était pour lui une source inépuisable de savoirs et un modèle à suivre :

« […] j’ai montré que les animaux consomment une grande partie des graines, et donc les empêchent effectivement de devenir des arbres ; mais dans tous les cas, comme je l’ai dit, le consommateur est forcé d’être en même temps l’agent de dissémination et le planteur ; c’est là le tribut qu’il paie à la nature. Je crois que c’est Linné qui dit que lorsque le porc fouille la terre avec son groin pour y trouver des glands, il est en train de planter des glands. »

On ne peut s’empêcher, après une telle lecture, de se demander quel tribut nous sommes capables de payer à la nature.

L’écrivain précurseur du « nature writing »

Lui qui avait deux cahiers, l’un pour la poésie et l’autre pour ses observations scientifiques et naturalistes, rêvait de pouvoir réunir le tout dans un seul. Sans doute, la publication posthume de son journal concrétisa son rêve. Il est d’ailleurs aujourd’hui reconnu comme le chef de file (il aurait détesté cette nomination) du nature writing.

Mais la nature sauvage était également pour lui un haut lieu de retraite nécessaire. Après avoir trop traîné dans ce qu’il nommait « le monde des affaires », il ressentait ce besoin de retremper ses pensées dans le calme et le temps long qu’offre la vie au grand air :

« Après avoir écumé les hauts-fonds de la rivière du temps, je baignerais volontiers mes tempes dans l’éternité. »

Une œuvre aussi stimulante que réconfortante, à dévorer ou à picorer, mais à lire dans de belles éditions comme celles de Gallmeister, Finitude et Le Mot et le Reste.

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