Flux flou de la foule, un 7e album tout à la fois charnel, hypnotique, chatoyant, furieusement contemporain et délicatement décalé.

Françoiz Breut, album Flux flou de la foule

Ils sont rares, les artistes que l’on suit depuis 20 ans, sans jamais se lasser.

Ils sont rares, les artistes avec qui l’on vieillit, grandit, sans jamais les renier.

Ils sont rares, les artistes toujours bons, toujours justes, qui avancent au naturel, ne se fourvoient pas, font ce qu’ils veulent, discrets, mais toujours là.

Et Françoiz Breut en fait partie.

On l’aime toujours bien et on la découvre encore avec cet album.

L’ouverture percussive — particulièrement réussie — est fracassante. Puis l’on retrouve la voix de Françoiz Breut, précieuse, réconfortante, comme un fil d’Ariane dans cette faune urbaine qu’elle arpente avec flegme ou folie, c’est selon.

« On a trouvé l’issue, on s’est éloigné du flux »

Flux flou de la foule : une vision aiguë d’un monde obscur

Cet album réalise un superbe tour de passe-passe en nous plongeant dans une saturation urbaine tout en nous offrant une voie d’échappement, un grand bol d’air : acrobatie de haute voltige.

On embarque dans l’inconnu et pourtant c’est la porte à côté. (Et le pas aussi, de côté.)

Pas d’exotisme cette fois, mais une déambulation urbaine (qui tient pourtant de la jungle).

La vision est trouble, comme l’époque, et l’écriture, au plus proche.

Cet album explore — non sans humour — le dehors et le dedans, la porosité qui existe entre l’individu et son environnement, mais aussi la friction qu’il peut y avoir entre ces deux sphères : individuelle et sociale.

L’urbanité y est outrancière,

« Les plaines qui s’étendaient au loin / Ont disparu sous le ciment / Une ville sans terre où on s’enlise / Des champs d’équerres et de balises »

quand le territoire des corps parcourus se fait infime :

« Je vois tes veines qui palpitent / Un fleuve invisible s’agite […] J’entends nos cellules qui frémissent / Nos vies en un éclair s’éclipsent »

Ce dedans, c’est-à-dire l’intime dans « Mes péchés s’accumulent », est présenté comme une porte de sortie, une clé des champs.

Le titre de l’album et son allitération qui convoque à la fois le flot et la flamme (l’eau et le feu donc), avec ces deux consonnes qui peinent à sortir, comme retenus, puis se déversant, est à l’image de l’histoire qui se déroule : une déambulation tout en yin et yang entre ce qui surgit et ce qui échappe, ce qui s’exhibe et ce qui se niche. Et la saturation permanente appelle le vide.

« Nous serons comme deux lapons / Face au néant nous cheminerons / Tout au nord de l’hémisphère / Filons sans peur sur les congères »

Flux flou de la foule est un album de très belle facture, une unité qui tient ferme du début à la fin, avec une belle trajectoire, une échappée sauvage qui n’en finit pas de résonner, au-dehors comme en dedans.

« Il était vital qu’on sorte de là / On avait besoin / D’une fenêtre ouverte sur un panorama »

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